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Les petits logements sont-ils une solution ?

Ce matin (29 août 2012) sur La Première, il y avait une petite séquence (aux alentours de 7h30) consacrée à la problématique des loyers. Parmi les intervenants, deux d'entre eux ont plus particulièrement attiré notre attention. D’une part, José Garcia, représentant le Syndicat des Locataires et, d’autre part, Béatrice Laloux, représentant le Syndicat National des Propriétaires. Ces deux interventions se présentaient sous forme de séquences très courtes, sans débat. Elles exprimaient le point de vue de ces deux organisations face à l’interrogation principale du journaliste : pourquoi le prix des locations est-il élevé ?

D’abord, José Garcia a posé un diagnostic simple : après avoir rappelé que le nombre de logements disponibles est suffisant, il précise que les loyers sont effectivement trop élevés si nous les comparons aux revenus de la grande majorité des locataires (c'est un point de vue que nous partageons). En ce sens, José Garcia ne faisait rien d’autre que d’accompagner les constats établis par cette “officine gauchiste” bien connue : “Standard & Poor’s”. En effet, dans un article récent (Trends/Levif, 24/8/2012), nous pouvions lire que cette agence de notation estimait que  l’immobilier belge serait surévalué de 47 à 60%. Ceci après avoir comparé les prix des maisons au revenu disponible des ménages et aux loyers. Toutefois, selon cette même étude, ces chiffres devaient être nuancés et, au final, la surévaluation ne serait plus que de 15%.

Quant aux solutions proposées, José Garcia évoque la mise en œuvre d’une politique d’encadrement des loyers. Ce qui nous semble être un minimum tout à fait souhaitable.

Pour Béatrice Laloux, si les loyers sont élevés, c’est parce que la demande explose. Peut être, est-ce une manière de dire que les loyers ne sont pas surévalués puisqu’ils expriment, d'une certaine manière, les mécanismes impersonnels de l’offre et de la demande. Si c'est le cas, il semble que le schème[1] de pensée économique néo-classique reste difficile à dépasser.[2] N’oublions pas que pour cette école de pensée, la spéculation n’existe pas, puisque les prix sont déterminés par les lois nécessairement rationnelles du marché.[3]

Puis viennent quelques attaques contre les pouvoirs publics accusés d’entretenir un climat anti-propriétaire et de vouloir taxer les bailleurs au-delà du raisonnable.[4] Évidemment, ces critiques font partie du credo néolibéral (les marchés sont efficients et rationnels, tandis que l’Etat est inefficace et irrationnel).[5] C’est totalement démagogique, mais ça plaît à certains petits propriétaires toujours prompts à se sentir honteusement spoliés par les velléités collectivistes de l’Etat.

C’est dans ce cadre que Béatrice Laloux attaque les autorités publiques (communes et régions) qui empêcheraient la création de petits logements à loyer modéré. Qui plus est, ces mêmes autorités publiques, sous couvert de vouloir établir des normes d’habitabilité, chercheraient en vérité à se débarrasser des pauvres. Voilà le SNP défenseur des plus démunis.

Pour comprendre les tenants et aboutissants de ses propos, il faut revenir à un courrier des lecteurs paru dans le mensuel Le Cri[6] de juin 2012. En effet, dans ce courrier, l’auteur, un petit propriétaire signale qu’il a acquis (depuis 7 ans) une maison divisée en petits logements. Comme cette division s’est faite sans permis d’urbanisme, il est entré en conflit avec les autorités communales de Charleroi. Mais ce qui l’a particulièrement choqué, c’est qu’une dame de la commune de Charleroi aurait justifié la position de l’administration en disant haut et fort que « ces personnes à faibles revenus appauvrissaient la ville de Charleroi et qu’il était temps de mettre un terme à tout çà. » (Le Cri, n°365, juin 2012, p. 21).

En soi, nous pouvons comprendre l’écœurement du petit propriétaire face aux propos d’une employée communale. Mais, encore faut-il savoir dans quelles conditions ces propos ont été tenus et pourquoi (il faut dire que les conditions de travail des employés communaux ne sont pas toujours propices à l’établissement d’une communication sereine). Il n’empêche que nous constatons, nous aussi, que nombre de communes souhaitent se débarrasser des personnes émargeant au CPAS. D’autres s’opposent vigoureusement à la construction de logements sociaux.

Cela étant dit, nous souhaiterions surtout revenir sur la question des petits logements. Car, encore une fois, si la création de petits logements, quelquefois nés d’immeubles divisés, peut être une solution économique viable (voire rentable), elle ne nous paraît pas humaine. En effet, nous connaissons bien ces maisons unifamiliales ou ces immeubles divisés et subdivisés de la cave au grenier. Ces logements permettent peut être d’offrir (!) un toit, mais à quelles conditions. D’abord, si nous tenons compte de leur superficie, de leur agencement, des possibilités d'équipement et du cadre urbain dans lequel ils s'inscrivent, les loyers pratiqués dans ces petits logements sont souvent proportionnellement plus onéreux que dans les logements de “gamme moyenne”. Ensuite, la qualité de vie dans ces petits logements est généralement assez médiocre. Ce n’est pas seulement une question de manque d’espace, c’est également un manque d’intimité et de calme. Il ne faut jamais oublier qu’un logement, ce n’est pas seulement un lit, une table, une armoire, un frigo, un évier et de quoi faire réchauffer son repas. C’est aussi un endroit investi par nos affects, nos rêves et nos aspirations. C’est un lieu où nous souhaitons être heureux.

Pour nous, la question du logement ne se réduit pas à la recherche d'un toit pour s'abriter. Il s'agit plutôt d'affirmer le droit de vivre dans un monde habitable. C’est pourquoi, nous pensons que les pouvoirs publics ont raison de s’opposer à la division des immeubles et à la mise sur le marché de petits logements inhumanisés. Et puis, ne soyons pas niais ! Si certains propriétaires-bailleurs divisent leur immeuble pour y créer de petits logements, ce n’est pas toujours par bonté d’âme... [7]




[1].  Les schèmes sont des représentations mentales qui jouent le rôle d’intermédiaire entre les catégories de l’entendement et les phénomènes sensibles.

[2].  L’école économique néo-classique naît à la fin du XIXième siècle. Ses principaux représentants sont Alfred Marshall, William Stanley Jevons, Léon Walras et Vilfredo Pareto. L’école néo-classique représente aujourd’hui le courant dit “orthodoxe” qui est enseigné dans la plupart des universités. Elle a la préférence des médias. Sa capacité à pouvoir être “mathématisée” lui confère les apparences de la “scientificité”. La valeur-utilité, le choix rationnel, la loi de l’offre et de la demande ainsi que la théorie de l’équilibre général (TEG) constituent quelques-unes de ses idées phares. Bien entendu, à côté du courant orthodoxe, il existe des courants hétérodoxes aussi variés que l’économie politique classique, la critique marxienne de l’économie politique, le keynésianisme, l’institutionnalisme, l’école autrichienne…

[3].  De même, il faut savoir que pour l’école néo-classique, le chômage involontaire est tout simplement impossible.

[4].  Au passage, notons qu’il reste anormal qu’en Belgique les loyers réels ne soient pas pris en compte pour le calcul de l’impôt (ceci pour autant que la location soit faite à titre privatif).

[5].  Nous ne résistons pas à l'envie de citer ces quelques lignes écrites par l'économiste américain John Kenneth Galbraith : « Nous vivons une époque où les allégations d'incompétence publique vont de pair avec une condamnation générale des fonctionnaires, à l'exception, on ne le dira jamais assez, de ceux travaillant pour la défense nationale. La seule forme de discrimination toujours autorisée — pour être plus précis, encore enrouragée — aux États-Unis est la discrimination à l'endroit des employés du gouvernement fédéral, en particulier dans les activités relevant de la protection sociale. Nous avons de grandes bureaucraties d'entreprises privées, regorgeant de bureaucrates d'entreprise, mais ces gens-là sont bons. La bureaucratie publique et les fonctionnaires sont mauvais. » John Kenneth Galbraith, L'Art d'ignorer les pauvres, Éditions les liens qui libèrent (Le Monde diplomatique), 2011, pp. 26-27.

[6].  Le Cri est un mensuel, organe du Syndicat National des propriétaires et copropriétaires.

[7].  « Nulle part mieux que dans l'immobilier ne se montre cette transmutation métaphysique qui transforme la chose en “produit”. En effet, pour que l'immobilier devienne une activité hautement rentable, il faut qu'au préalable se modifie radicalement la conception que les mortels se font de l'essence de l'espace et que change en conséquence leur manière d'habiter sur terre et de construire leur habitat. [...] Cette rationalisation du foncier, en vue d'un profit maximum, dissout le monde. Il n'y a plus de monde, mais une reproduction à l'infini du même modèle de maison, bâtiment, édifice, sur plan, qui transforme la Terre en un immense lotissement. » Jean-Paul Dollé, L'inhabitable capital, Nouvelles Éditions Lignes, 2010, pp. 62-63.